Seigle
English: Rye

Secale cereale

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Le seigle (Secale cereale L.) est une plante annuelle du genre Secale appartenant à la famille des Poaceae (graminées), et cultivée comme céréale ou comme fourrage. Elle fait partie des céréales à paille. C'est une céréale rustique adaptée aux terres pauvres et froides. Sa culture est de nos jours marginale.

Le genre Secale comprend de nombreuses espèces originaires d'Asie centrale.

Description

Le seigle a une ligule très courte et pratiquement pas d'oreillette.

Le seigle est une espèce allogame.

Le chaume est plus long et plus souple que celui du blé (1,20 à 1,40 m pour les variétés traditionnelles et 1,60 m pour les hybrides).

L'inflorescence est un épi, de structure semblable à celui du blé. Plus court, toujours barbu, il est formé de 30 à 40 épillets à trois fleurs, dont la médiane est stérile et qui ne porte donc que deux graines. Les glumelles, non adhérentes, s’entrouvrent à maturité, laissant apparaître le grain.

Le grain est un caryopse plus allongé que celui du blé.

Histoire

Champ de seigle

L'origine de l'histoire du seigle n'est toujours pas claire. L'ancêtre sauvage du seigle n'a pas été identifié avec certitude, mais c'est l'une des nombreuses espèces de graminées croissant à l'état sauvage dans l'est et le centre de l'actuelle Turquie et dans les régions limitrophes. On a trouvé du seigle domestiqué en petites quantités dans un certain nombre de sites néolithiques d'Asie mineure, comme à Can Hasan III (Néolithique précéramique B), mais il est sinon virtuellement absent des témoins archéologiques jusqu'à l'âge du bronze, où on commence à en trouver à Olmutz, Tchéquie, en 1800-1500 avant Jésus-Christ [1]. Il est possible que le seigle ait migré depuis l'Asie mineure vers l'ouest, mélangé en petite quantité au blé, et qu'il ait été cultivé pour lui-même seulement dans un deuxième temps.

Le seigle a été cultivé par les Celtes et les Germains qui se nourrissaient de galettes de seigle. Bien que des vestiges archéologiques de cette céréale aient été trouvés dans un contexte romain le long du Rhin et du Danube et dans les Îles Britanniques, Pline l'Ancien fait peu de cas du seigle, le décrivant comme « une nourriture très pauvre, utile seulement pour éviter la famine » et indiquant qu'on le mélange avec du blé « pour atténuer son goût amer, et même alors il est très désagréable à l'estomac » (L'Histoire naturelle 18.40).

Depuis le Moyen Âge, le seigle a été largement cultivé en Europe centrale et orientale et il a été la principale céréale panifiable dans la plupart des régions à l'est de la frontière franco-allemande et au nord de la Hongrie.

L'affirmation d'une culture bien plus précoce du seigle, sur le site épipaléolithique de Tell Abu Hureyra dans la vallée de l'Euphrate, dans le nord de la Syrie, est controversée. Les critiques portent sur des incohérences dans la datation au radiocarbone, et des identifications fondées uniquement sur le grain, et non pas sur la balle.

Aujourd’hui encore, le seigle est la céréale principale dans certains pays d’Europe et le pain de seigle y est l’aliment de base. La Russie est le premier producteur mondial de seigle.

Culture

La culture du seigle concerne surtout les régions froides et/ou aux terrains pauvres. Pour avoir une résistance au froid suffisante, le seigle se sème tôt (avant le 15 septembre). La culture qui précède le plus courant est le blé, le seigle est une céréale « secondaire » et vient après, cependant dans certaines régions la récolte de blé peut ne pas se faire suffisamment tôt pour semer du seigle après (Massif central, Lévezou, Ségala…). Le seigle a un intérêt important dans les systèmes d'élevage avec peu de surface, en effet sa grande hauteur (jusqu'à 1,80 m) lui permet de produire un important volume de paille. Il a un intérêt également en agriculture biologique pour lutter contre les mauvaises herbes dans la rotation culturale.

Si le seigle n'offre pas l'avantage de pouvoir être cultivé en toutes saisons, il a du moins le grand mérite de fournir au premier printemps, avant toutes les autres espèces, un fourrage d'excellente qualité qui constitue, en quelque sorte, une primeur.Sa rusticité et son peu d'exigence sur la nature du sol, lui ont valu d'être autrefois très employé dans les Landes pour le pacage des troupeaux en hiver. Il croît en effet dans les terres les plus maigres, là où il serait difficile d'obtenir d'une autre plante un produit de même valeur.

Le seigle se sème ordinairement en septembre-octobre, soit seul, soit associé à une légumineuse grimpante dont il soutient les tiges. Dans le premier cas, on doit semer dru, à raison de 70 kg de graine à l'hectare (soit environ 200 grains/m2 correspondant à 7 grammes de grains), pour permettre l'obtention de tiges fines et tendres; dans le second cas, c'est-à-dire pour fournir un appui aux tiges d'une Vesce ou d'un Pois, on emploie 30 kg de semence à l'hectare.La fauchaison peut commencer dès avril et se continuer jusqu'en mai ; il y a lieu toutefois de ne pas la prolonger après la défloraison, le fourrage durcissant très vite et n'étant alors que difficilement accepté par le bétail.Le seigle vert constitue une excellente nourriture dont les bœufs, les vaches et surtout les chevaux se montrent très friands[2].

Variétés

Épis de seigle en Basse-Rhénanie

On peut distinguer des variétés d'hiver, demi-hiver, demi-alternatives, alternatives, demi-printemps, printemps.

Seigle de printemps - Muséum de Toulouse

Pour la production artisanale de fourrage vert ou pour le grain, on peut employer des variétés anciennes telles que : Hiver de Brie, grand de Russie, de Schlanstedt, multicaule, etc. Le Seigle multicaule ou Seigle de la Saint-Jean, en plus d'un tallage abondant, présente l'avantage de pouvoir être semé fin-Juin, de fournir une coupe de fourrage vert avant l'hiver et de donner une récolte de graines l'année suivante.

En grande culture, on utilise plutôt des seigles synthétiques, variétés modernes issues de croisements multiples (mais naturels donc utilisables en agriculture biologique) de différentes variétés dont on sélectionne et multiplie les meilleurs spécimens selon les critères choisis[3] : Caroas (variété meunière), Carotop, Cantor, Dukato, Conduct, Marcello, Cilio (à paille un peu plus courte que les hybrides) ou hybrides (Guttino, Palazzo, Askari, Festus, Fugato, Rasant) doté d'une meilleure résistance à la verse et à l'ergot du seigle.

Utilisation

Seigle, grains entiers
Valeur nutritionnelle moyenne
pour 100 g
Apport énergétique
Joules1245 kJ
(Calories)(245 kcal)
Principaux composants
Glucides60,7 g
- Amidon52,4 g
- Sucres0,890 g
Fibres alimentaires13,2 g
Protéines9,5 g
Lipides1,7 g
- Saturés0,310 g
- Oméga-30,065 g
- Oméga-60,750 g
- Oméga-90,410 g
Eau13,7 g
Cendres totales1,9 g
Minéraux et oligo-éléments
Bore0,700 mg
Calcium37 mg
Chlore20 mg
Chrome0,0066 mg
Cobalt0,0031 mg
Cuivre0,392 mg
Fer2,8 mg
Fluor0,150 mg
Iode0,0072 mg
Magnésium91 mg
Manganèse2,9 mg
Phosphore340 mg
Potassium510 mg
Sélénium0,0014 mg
Sodium3,8 mg
Zinc2,9 mg
Vitamines
Vitamine B10,368 mg
Vitamine B20,170 mg
Vitamine B3 (ou PP)1,8 mg
Vitamine B51,5 mg
Vitamine B60,233 mg
Vitamine B8 (ou H)0,0050 mg
Vitamine B90,143 mg
Vitamine E2 mg
Acides aminés
Acide aspartique680 mg
Acide glutamique2570 mg
Alanine520 mg
Arginine490 mg
Cystine190 mg
Glycine500 mg
Histidine190 mg
Isoleucine390 mg
Leucine670 mg
Lysine400 mg
Méthionine140 mg
Phénylalanine470 mg
Proline1250 mg
Sérine450 mg
Thréonine360 mg
Tryptophane110 mg
Tyrosine230 mg
Valine530 mg
Acides gras
Acide palmitique290 mg
Acide stéarique20 mg
Acide oléique410 mg
Acide linoléique750 mg
Acide alpha-linolénique65 mg

Source : Souci, Fachmann, Kraut : La composition des aliments. Tableaux des valeurs nutritives, 7e édition, 2008, MedPharm Scientific Publishers / Taylor & Francis, (ISBN 978-3-8047-5038-8)
  • Graines de seigle
    Grains :
    • Alimentation humaine : la farine de seigle est recherchée pour la fabrication de pain, notamment pour sa valeur diététique. La farine de seigle est souvent délaissée par les boulangers à cause de sa consistance molle qui la rend plus difficile à manipuler. Le mélange des cultures blé et seigle était appelé méteil. Le grain peut aussi être utilisé pour la fabrication de whisky aux États-Unis (Rye Whiskey) et au Canada (Canadian Rye Whisky), le contenu en seigle peut varier entre 0 et 100 %.
    • Alimentation animale : Le grain de seigle est réputé former une masse gluante dans la bouche des animaux et avoir une faible sapidité, un goût amer. En fait, les problèmes de sapidité sont surtout liés à la présence d'ergot du seigle. Dans la proportion typique d'ergot contenu dans le grain nettoyé qui est de 0,11 %, il n'y a pas d'effet indésirable dû à l'ergot. À plus de 0,3 % d'ergot, la croissance et la mortalité des poussins augmente. Les problèmes de toxicité de l'ergot peuvent être diminués par la mouture du grain et l'exposition à l'air car l'ergot est dégradé par la présence d'oxygène. L'ergot est aussi détruit par l'entreposage du grain humide en contenant hermétique. L'entreposage du seigle humide pourrait aussi améliorer la sapidité du seigle.
      • Bovins : le seigle a une valeur fourragère équivalente à celle du blé. La pâturage hâtif sur seigle permet d'atteindre le pic de production laitière jusqu'à un mois plus tôt au printemps[4]. Mais le seigle peut aussi être fauché avant maturité pour être distribué aux animaux en plante entière.
      • Porcs : l'alimentation des porcs de plus de 50 kg peut contenir jusqu'à 50 % de seigle[5]. Le seigle a tendance à produire une viande plus maigre que le maïs et l'orge.
      • Volailles : C'est dans l'alimentation de la volaille que le seigle présente le moins d'intérêt, mieux vaut ne pas dépasser 15 % (effet laxatif)[6].
      • Chevaux : le seigle ne doit pas dépasser 10 % de la ration totale.
  • Paille : Le seigle peut donner 2 à 6 tonnes de matière sèche à l'hectare, selon la fertilité du sol. Matière première pour la confection de toitures traditionnelles, ou le rempaillage de chaises. Elle sert aussi à la fabrication de paillassons et d'objets artisanaux. On l'utilisait autrefois en vrac pour faire des paillasses de lit, et en nattes pour confectionner des objets tels que les chapeaux, les semelles, des récipients divers, des ruches ou pour de la marqueterie. Elle peut entrer dans la composition de matériaux isolants.
  • Grandes cultures : le seigle est utilisé en culture intermédiaire piège à nitrates (CIPAN) pour couvrir le sol avant les cultures de printemps. Son système racinaire étendu, le fait qu'il talle à l'automne, sa croissance précoce au printemps et sa longue paille en font un excellent outil de lutte contre les mauvaises herbes. Le seigle est également bien connu pour sa production de substances chimiques allélopathiques qui retardent la croissance de certaines mauvaises herbes. Celles-ci se trouvent dans une variété de plantes cultivées et de mauvaises herbes et on les étudie en tant que solutions de rechange possibles aux herbicides synthétiques. Les produits chimiques ainsi libérés par le seigle ont des effets inhibiteurs sur certaines mauvaises herbes telles que la folle avoine, l'amarante réfléchie, l'herbe à poux et le pourpier commun[7].
  • Jardins : le seigle est parfois employé comme plante nettoyante sur les sols acides, en semis d'automne, pour occuper le terrain et ainsi éviter la pousse d'adventices. On peut également considérer l'aspect esthétique de cette longue graminée comme non négligeable.
  • L'ergot du seigle est un parasite courant pour cette plante, utilisé pour la production de LSD. Il provoque une maladie très grave, l'ergotisme.
  • Le Talpone est l'habillage en paille de seigle protégeant le pignon le plus exposé à la pluie des chaumières françaises au e siècle.

Note : les « ségalas » sont des terres froides, à sol pauvre et acide, favorables à la culture du seigle. On les trouve notamment dans le sud-ouest du Massif central (France).

Production

Production en tonnes. Chiffres 2012-2013[8]
Données de FAOSTAT (Base de données de la FAO, accès du 13 octobre 2015

Drapeau de l'Allemagne Allemagne3 878 40027 %4 689 10028 %
Drapeau de la Pologne Pologne2 888 13720 %3 359 27120 %
Drapeau de la Russie Fédération de Russie2 131 51915 %3 359 87320 %
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie1 082 4057 %648 4434 %
Drapeau de la République populaire de Chine Chine678 0005 %650 0004 %
Drapeau de l'Ukraine Ukraine676 8005 %637 7304 %
Drapeau du Danemark Danemark384 4003 %526 8003 %
Drapeau de la Turquie Turquie370 0003 %365 0002 %
Drapeau de l'Espagne Espagne256 6752 %383 3002 %
Drapeau du Canada Canada336 6002 %207 6001 %
Autres pays1 855 15813 %1 931 62812 %
Monde14 538 094100 %16 686 795100 %

Production en tonnes pour le fourrage et l'ensilage. Chiffres 2004-2005
Données de FAOSTAT (Base de données de la FAO, accès du 14 novembre 2006

Drapeau de la France France21 522 700,0085 %21 600 000,0085 %
Drapeau du Danemark Danemark1 800 000,007 %1 850 000,007 %
Drapeau de l'Espagne Espagne1 200 000,005 %1 000 000,004 %
Drapeau du Mexique Mexique600 000,002 %600 000,002 %
Drapeau de la Norvège Norvège297 000,001 %297 000,001 %
Total25 419 700,00100 %25 347 000,00100 %

Pathologie

En Europe, le seigle était autrefois souvent touché par l'oscine du seigle, moucheron jaune, orné de trois bandes longitudinales noires sur le corselet et de bandes transversales de même couleur sur le ventre, aux ailes peu irisées. Son ennemi, connu dès le XIXe siècle, était la Yalysie noire, un ichneumon fluet qui pénètre dans le canal des chaumes, atteint les larves du diptère et leur pond des œufs dans le ventre.

Calendrier

Dans le calendrier républicain français, le 1er jour du mois de Messidor, est officiellement dénommé jour du Seigle[9]

Commerce

La France, en 2014, est nette exportatrice de seigle, d'après les douanes françaises. Le prix à la tonne était d'environ 150 €[10].

Notes et références

  1. (en) Daniel Zohary and Maria Hopf, Domestication of plants in the Old World, third edition (Oxford: University Press, 2000), p. 75
  2. "Les plantes de grande culture. Graminées et Légumineuses." - VILMORIN-ANDRIEUX - 1914
  3. « Seigle : Le point sur les variétés », Perspectives agricoles,‎ (lire en ligne)
  4. Fleischer et Hammel (1965)
  5. Langille et MacLeod, 1976
  6. UTILISATION DU SEIGLE EN ALIMENTATION ANIMALE.
  7. Du seigle d'automne comme couvre-sol ? Prudence !
  8. « FAOSTAT », sur faostat3.fao.org (consulté le 13 octobre 2015)
  9. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 28.
  10. « Indicateur des échanges import/export », sur Direction générale des douanes. Indiquer NC8=10029000 (consulté le 7 août 2015)

Voir aussi

Bibliographie

  • Peer Schilperoord, « Plantes cultivées en Suisse - Le seigle [1] », Verein für alpine Kulturpflanzen, Alvaneu, 2017, 36 p.

Articles connexes

Liens externes

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