Plante carnivore

Différentes plantes carnivores.

Une plante carnivore est une plante capable d'attirer et de capturer des proies (insectes, acariens et autres petits invertébrés essentiellement) puis de les assimiler, entièrement ou en partie, afin de subvenir (partiellement) à ses propres besoins. Il existe un peu plus de 700 espèces de plantes carnivores au sens strict connues au début du XXIe siècle[1], mais en moyenne 3 espèces de plantes carnivores sont découvertes ou décrites chaque année depuis l'an 2000[2].

Historique

En 1763, Arthur Dobbs (en), alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public et des scientifiques européens sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation « plante carnivore »[3].

Des spécimens vivants sont envoyés en 1768 en Angleterre où le botaniste John Ellis est le premier à soupçonner son mode de nutrition. Il lui donne la dénomination officielle de l'espèce, la Dionée attrape-mouche et adresse à Carl von Linné un spécimen desséché et une description détaillée de la plante. Mais le naturaliste suédois, doutant de son carnivorisme, préfère classer le phénomène en « miraculum Naturae », le considérant comme extraordinaire et accidentel. Il nomme la plante « Venus flytrap » (« Vénus attrape-mouche ») en s'inspirant de Vénus, déesse de l'amour et de la beauté dans la mythologie romaine[4].

La carnivorité de la « Vénus attrape-mouche » n'est démontrée par Charles Darwin que vers 1865[5] et il écrit à propos du mécanisme de capture de cette plante, dans son traité Les plantes insectivores (en), que la dionée est « l'une des plantes les plus merveilleuses au monde »[6].

Écologie

Les cruches de Heliamphora chimantensis sont un exemple de pièges à fosse.

Les plantes carnivores se distinguent du reste du règne végétal par leur capacité à attirer, capturer et digérer leurs proies. Une plante capable uniquement de capture, éventuellement de dégradation, mais incapable d'assimiler sa proie, est qualifiée précarnivore, en référence à sa potentielle évolution vers la carnivorité. Les bactéries aidant à l'assimilation sont qualifiées de protocarnivores. Chez les plantes carnivores, le régime carnivore est apparu six fois dans cinq ordres différents au cours de l'évolution[7].

Si un grand nombre d’espèces de plantes carnivores se situent dans des régions tropicales, on peut néanmoins trouver des spécimens sous presque toutes les latitudes. Ces plantes poussent la plupart du temps dans des sols pauvres en azote et en phosphore, comme dans les tourbières. La carnivorie est une adaptation à des environnements pauvres et qui leur confère un avantage écologique leur permettant de les coloniser. L'apparition et la spécialisation de la carnivorie est un exemple riche en écologie évolutive, au même titre, sinon plus, que l'apparition progressive de l’œil (voir Richard Dawkins, Stephen Jay Gould).

La qualification de « plantes insectivores » ou « plantes entomophages » n'est pas toujours valable : si elle précise le régime alimentaire majoritaire d'un grand nombre de plantes carnivores, certaines ne se nourrissent pas du tout d'insectes (c'est le cas notamment des Utriculaires, qui ciblent des protozoaires ou de certaines espèces de népenthès qui consomment des geckos, des scinques, des oisillons et des souris[8]). De plus, il est toujours possible que des arachnides, des mollusques (petites limaces), voire des vertébrés soient victimes de pièges réputés « insectivores ».

Les pièges sont, dans la plupart des cas, des feuilles modifiées. La diversité morphologique et fonctionnelle de ces pièges est remarquable. L’outre de capture des Utriculaires, l’urne des Népenthès, les mâchoires des Dionées, les poils gluants des Rossolis, etc. sont des adaptations indépendantes à la fonction carnivore.

Le régime insectivore des népenthès est constitué à 80 % de fourmis. Ces plantes émettent des composés volatils (acides gras, terpènes, benzénoïdes) qui donnent une odeur mielleuse attirant les insectes, leurrant les phéromones sexuelles des coléoptères ou les phéromones de recrutement ou de trace chez les fourmis[9].

La nutrition carbonée et la production de sucres se font par la voie classique de la photosynthèse, comme chez la plupart des végétaux dit supérieurs. Les plantes carnivores fixent ainsi le dioxyde de carbone de l’air, en présence de lumière, et absorbent l’eau et sels minéraux par leurs racines. Les proies qu’elles capturent ne sont, bien souvent, que des sources complémentaires d’azote et de phosphore.

Moyens de capture

Les pièges des plantes carnivores sont caractérisés par leur mobilité et leur rapidité pour quelques-unes. S'ils sont mobiles ils sont dits « actifs », s'ils ne le sont pas, on parle de pièges « passifs ». Certains mouvements sont visibles à l'œil nu, comme la fermeture du piège de la Dionée.

Les pièges actifs

Ici, une partie de la plante exerce un mouvement pour la capture des proies, les genres suivants utilisent des pièges définis comme « actifs » :

  • Aldrovanda et Dionaea : pièges à mâchoires ;
  • Drosera, Drosophyllum : pièges à mucilage (gouttelettes collantes) dont la feuille et les poils s'enroulent autour des proies pour l'immobiliser, ce qui augmente la surface de contact entre elles et les glandes digestives de la plante. Le mouvement est généralement imperceptible à l'œil nu, sauf chez Drosera burmannii, D. sessilifolia et D. glanduligera ;
  • Utricularia : la proie (éventuellement un insecte ou invertébré aquatique) est aspirée par ses outres (éventuellement sous l'eau chez certaines espèces strictement aquatiques).

Les pièges passifs

Les genres suivants ont des systèmes de pièges considérés comme passifs car immobiles :

Liste de genres

Stylidium turbinatum.
Nepenthes vogelii.

De nombreux genres sont carnivores, on peut citer :

Taxonomie

DivisionClasseOrdreFamilleGenreType de piège
MagnoliophytaMagnoliopsidaCaryophyllalesDioncophyllaceaeTriphyophyllumadhésif
DrosophyllaceaeDrosophyllumadhésif
DroseraceaeAldrovanda
Dionaea
Drosera
piège à loup
piège à loup
adhésif
NepenthaceaeNepenthesascidie
Ericales
RoridulaceaeRoridulaadhésif
SarraceniaceaeSarracenia
Darlingtonia
Heliamphora
ascidie
ascidie
ascidie
Lamiales
ByblidaceaeByblisadhésif
LentibulariaceaePinguicula
Genlisea
Utricularia
adhésif
piège en tir-bouchon
piège en outres
MartyniaceaeIbicellaadhésif
Oxalidales
CephalotaceaeCephalotusascidie
Liliopsida
Poales
BromeliaceaeBrocchinia
Catopsis
urne
urne
EriocaulaceaePaepalanthusurne


Espèces menacées

Dans le monde entier, les plantes carnivores sont en régression pour plusieurs raisons connues :

  • la destruction, déforestation et fragmentation écologique de leurs milieux naturels (ex : recul ou eutrophisation des tourbières à sphaignes qui abritaient les droseras, déforestation (ou artificialisation des forêts tropicales pour la plupart des autres espèces) eutrophisation des eaux abritant des plantes carnivores aquatiques...) ;
  • la collecte de certaines espèces rares et recherchées par des collectionneurs ;
  • la pollution, une étude[10] montre que la consommation par ces plantes d'insectes contaminés par des métaux lourds ou toxiques (fréquent chez les moustiques et chironomidés ainsi que certaines mouches dont les larves vivent respectivement dans l'eau et les sédiments) est un des facteurs explicatifs du déclin général des plantes carnivores. Les toxiques apportés par les insectes interfèrent avec certains processus vitaux de la plante dont l'absorption des nutriments[10]. Quand on nourrit en laboratoire un Sarracenia leucophylla avec des mouches dont les asticots ont été contaminés par du cuivre ou du cadmium, on constate une perturbation de la croissance[10].

Les plantes carnivores dans l'imaginaire collectif

Un Homme dévoré par une plante carnivore, illustration de J.W. Buel, 1887.
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  • Dans l'album Les Schtroumpfs et le Cracoucass une pâquerette est transformée en plante carnivore par un engrais expérimental.
  • Dans Tembo Tabou, une aventure de Spirou et Fantasio, apparaît un champ de plantes carnivores géantes. Ces plantes sont représentées comme de grosses têtes jaunes et rondes avec deux petits yeux noirs et une grande bouche à bords dentelés. Elles sont également fort agressives.
  • Dans L'Énigme de l'Atlantide, une aventure de Blake et Mortimer où ces derniers manquent d'être dévorés dans une forêt de plantes carnivores géantes.
  • Dans le Marsupilami, beaucoup de plantes de la jungle sont dites carnivores.

Notes et références

  1. a et b Pelt Jean-Marie. Les langages secrets de la nature - la communication chez les animaux et les plantes. Ed. Fayard, Livre de Poche no 144435, 1996. Chapitre 15 Des plantes assassines, p. 180.
  2. (en) S.R. McPherson, A.S. Fleischmann, A.S. Robinson, Carnivorous Plants and their Habitats, Redfern Natural History Productions, , p. 11.
  3. Patrick Mioulane, Plantes carnivores, Hachette Pratique, , p. 10.
  4. (en) Adrian Slack, Jane Gate, Carnivorous Plants, MIT Press, , p. 156.
  5. Patrick Mioulane, Plantes carnivores, Hachette Pratique, , p. 53.
  6. Insectivorous Plants. Darwin, C. (Murray, London, 1875).
  7. (en) V. Albert, S. Williams et M. Chase, « Carnivorous plants : phylogeny and structural evolution », Science, vol. 257, no 5076,‎ , p. 1491-1495 (10.1126/science.1523408).
  8. (en) Aaron Ellison, Lubomír Adamec, Carnivorous Plants. Physiology, Ecology, and Evolution, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 363.
  9. Patrick Mioulane, Plantes carnivores, Hachette Pratique, , p. 72.
  10. a b et c Christopher Moody, Iain D. Green ; Assimilation of Cd and Cu by the Carnivorous Plant Sarracenia leucophylla Raf. fed Contaminated Prey ; Environmental Science & Technology 2010 44 (5), 1610-1616 ; (résumé).
  11. Jean-Luc Buard, "Mythes et mystères de l'arbre anthropophage" et "Les différents avatars de l'arbre anthropophage", La Garance voyageuse n°80, 2007, "Plantes fantastiques et horreur végétale", http://garance-voyageuse.org/35-la-revue/les-anciens-numeros.html?start=40 et La Garance voyageuse n° 80 sur le site NooSFere.
  12. Charles Darwin, The Correspondence of Charles Darwin, volume 22, 1874, Cambridge University Press, 2015. Voir aussi Darwin Correspondence Project, https://www.darwinproject.ac.uk/letters/publications/calendars-correspondence-charles-darwin
  13. Voir à ce sujet, Jean-Luc Buard, "Qui a découvert l'arbre anthropophage de Madagascar ?", La Gazette fortéenne n°5, 2011, http://www.oeildusphinx.com/forteenv5_som.html
  14. Plagiat signé Bénédict-Henry Révoil, "L'Arbre anthropophage : souvenirs de Madagascar", Journal des voyages n°61, 8 sept. 1878
  15. Arthur Conan Doyle, "The American's Tale" (le récit de l'Américain), https://www.arthur-conan-doyle.com/index.php/The_American%27s_Tale

Voir aussi

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Bibliographie

  • (en) Rebecca L. Johnson, Carnivorous Plants, Lerner Publications, , 48 p.
  • (en) Adrian Slack, Jane Gate, Carnivorous Plants, MIT Press, , 240 p.
  • Marcel Lecoufle, Plantes carnivores, Editions Artemis, , 127 p.
  • Patrick Mioulane, Plantes carnivores, Hachette Pratique, , 96 p.

Articles connexes

Liens externes